Starship Troopers

de Paul Verhoeven - États-Unis – 1997 – 2h09 – couleur avec Casper Van Dien, Dina Meyer, Denise Richards, Jake Busey, Michael Ironside

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Cinéaste de l’excès, cru et féroce, Paul Verhoeven suscita la polémique au moment de la sortie en 1997 de Starship Troopers considéré alors par beaucoup comme un film fasciste. Depuis quelques années le film, revu et réévalué, n’est plus véritablement sujet à controverse. Verhoeven, définitivement réhabilité par la critique avec son dernier opus Elle, semble très largement sorti de l’incompréhension et du rejet violent suscités par certains de ses films comme Showgirls, même si son cinéma ne peut de toute évidence faire l’unanimité. Pourquoi ? Parce qu’entrer dans son univers c’est pénétrer dans une zone dangereuse, inconfortable qui ne laisse pas le spectateur indemne. C’est d’ailleurs exactement ce que montre la scène d’ouverture de Starship Troopers, qui prend les devants sur l’intrigue en dévoilant d’emblée l’horreur qui attend les personnages. Située un an après le début de l’histoire cette introduction, qui tient lieu de bilan anticipé, pose d’emblée la couleur sombre du film et nous annonce sans détour la sauce à laquelle nous serons mangés (parfois littéralement). Nous suivons par le biais d’un reportage télé le débarquement d’une troupe de soldats sur un astéroïde où ils vont affronter une armée d’arachnides géants désignés comme les ennemis absolus de la race humaine (pourtant à l’origine de cette guerre...). Le journaliste est filmé au coeur de la bataille et l’on ne s’étonne guère qu’il finisse, comme bon nombre des soldats autour de lui, massacré par une de ces immondes créatures.

Rien ici ne semble pouvoir protéger les combattants du carnage, surtout pas le dispositif télévisuel impuissant, absurde par lequel Verhoeven nous fait entrer dans la fiction. Cette pulvérisation instantanée du cadre médiatique expose très clairement l’absence de filtre d’un réalisateur qui va droit au but tout en imposant une certaine distance critique et ironique : cette élimination symbolique du reporter se présente comme la démarcation du cinéaste avec le système de représentation (également hollywoodien) conditionné par cette grosse machine de guerre. Système qu’il ne cesse de montrer sur un mode mi-sérieux, mi-parodique pour mieux semble-t-il le court-circuiter. Tous les flashes informatifs qui ponctuent le film se concluent par la même question « Would you like to know more ? » inscrite en grosses lettres en bas de l’écran où le spectateur est invité à cliquer. Ce qui pourrait passer pour un message subliminal et nous inviter à décrypter une forme de soustexte crève littéralement l’écran. Le propos du film – le caractère de l’organisation militaire mise en place – n’est pas caché mais au contraire exposé avec une évidence tellement violente, écrasante qu’elle en devient obscène. Reste à accepter de regarder en face cette vérité outrageusement nue. Comme l’écrit Emmanuel Burdeau dans À l’oeil nu, ouvrage qu’il consacre au cinéaste, le cinéma de Verhoeven redimensionne et sur-dimensionne le champ du visible en interrogeant davantage ce qui est montré que l’inverse. Et que voit-on exactement ? Des jeunes hommes et femmes aux allures de mannequins qui semblent tout droit sortis d’une sitcom américaine dont le destin amoureux et guerrier est néanmoins envisagé avec gravité. Ils sont amputés, aspirés par l’appareil militaire et son idéologie fasciste à peu près de la même manière que le chef des insectes géants aspire de son dard les cerveaux de ses proies humaines. Que fabrique ce monde de chaos dont les forces destructrices n’ont pas de limites ? Des armées de carapaces, de coquilles vides bien difficiles à dissocier les unes des autres.