Y'aura-t-il de la neige à Noël ?

De Sandrine Veysset - France - 1996 - 1h30 ) couleur - avec Daniel Duval et Dominique Reymond

 

On sait depuis La vie est belle (1946) de Frank Capra que la période de Noël est propice aux miracles. Y’aura-t-il de la neige à Noël ? en est un, c’est un miracle de cinéma, une merveille. Quand il débarque sur les écrans en 1996, Sandrine Veysset sort, pour ainsi dire, de nulle part. Elle n’a pas fait d’école de cinéma, n’a réalisé aucun film. Humbert Balsan, producteur aventureux, se laisse convaincre par la pugnacité de la jeune femme et par l’envergure de son projet : filmer sur plusieurs saisons une famille nombreuse à la campagne. Sandrine Veysset décroche le prestigieux prix Louis Delluc et se retrouve, en 1996, désignée comme l’une des nouvelles têtes d’un jeune cinéma français alors en pleine ébullition. Y’aurat-il de la neige à Noël ? fait donc le récit d’un miracle, comme ceux qui se produisent dans les contes. C’est d’ailleurs sur les notes d’un « promenons-nous dans les bois » que s’ouvre le film dans une très belle séquence où les enfants jouent à cache-cache dans du foin. La caméra alerte et taquine semble vouloir croquer leurs mollets tandis que la musique légèrement désaccordée finit par rendre cette partie joyeuse, inquiétante. Les enfants de cette fratrie sont sept comme les sept nains ou pareils à ces enfants des contes de Grimm. Le père (Daniel Duval), lui, fait irruption à plusieurs reprises dans les plans du film, à bord de son gros camion rouge. Il a le regard noir et bientôt des airs de grand méchant loup. Au milieu d’eux, dans cette vétuste maison quelque part dans le Sud de la France, une femme (Dominique Raymond) travaille dur pour élever seule ses « p’tits », ses « cailloux » comme elle les appelle, qui lui prêtent main forte dans les champs. On comprend alors que le père en question a une autre vie de famille ailleurs tandis que celle-ci est cachée. Y’aura-t-il de la neige à Noël ? est un film âpre dans ce qu’il raconte : la pauvreté, la dureté du travail, le froid, la menace violente du père, jusqu’à l’inceste. Mais il n’est jamais misérabiliste et offre au contraire à ces vies un écrin sublime : ces plans en pleine nature où la mère et les enfants ramassent les tomates, lavent les radis... Comme si la beauté des images, leur caractère organique – on sentirait presque le soleil nous toucher la peau et le vent nous effleurer le visage – était une résistance, une manière de rendre tangible la complexité du monde, ses nuances, capable d’accueillir dans le même plan, de la beauté et de la noirceur, de l’amour – car c’est aussi l’histoire d’un couple qui s’est follement aimé – et du dégoût. On pense alors au Bonheur (1965) d’Agnès Varda, film au titre trompeur et aux couleurs chatoyantes derrière lesquelles pourtant se produira le pire et à La maison des bois (1971) de Maurice Pialat, à cette façon de faire exister, malgré la guerre autour, le bonheur de l’enfance et son enchantement. Veysset, elle, dira qu’elle n’avait pensé à aucun film avant de faire le sien et donnera comme indice à sa chef opératrice Hélène Louvart des photos de son enfance, dont est inspiré le film. La cinéaste transfigure cette note autobiographique par la lumière et les couleurs (des t-shirts que l’on porte aux fruits que l’on cueille), véritable fil narratif de son récit. Y’aura-t-il de la neige à Noël ? commence dans la pleine lumière de l’été puis, au grès des saisons, se délave, devient gris, avant de renaître dans l’éclatante blancheur de la neige.

Texte rédigé par Marilou Duponchel