Proxima

D'Alice Winocour - France - 2019 - 1h47 - couleur, film soutenu par la Région Ile-de-France avec Eva Green, Matt Dillon, Zélie Boulant-Lemesle et Thomas Pesquet. Le film est disponible en version AD et SME

 

Proxima est un film terrien, un film d’espace sans galaxies, ni extraterrestres, un film d’humains. Il s’ouvre sur les mots échangés entre une mère (Eva Green) et sa fille (Zélie Boulant-Lemesle), alors que l’image, elle, reste noire. Dans le plan suivant, Sarah, astronaute, est en plein entrainement, son corps mis à rude épreuve. Quelques minutes plus tard, c’est dans sa salle de bain – amniotique – aux côtés de Stella, huit ans, qu’elle nous est présentée. En quelques minutes seulement, et par un très subtil montage, les enjeux de Proxima nous sont dévoilés. Proxima est d’abord le récit d’une cohabitation : cohabitation entre l’extraordinaire d’un métier et la quotidienneté d’une vie de mère, c’est aussi la cohabitation d’une femme avec un milieu scientifique majoritairement masculin. Sarah s’apprête à quitter la terre mais surtout à quitter Stella. En resserrant ainsi les enjeux de son film sur cette séparation à venir, c’est comme si Alice Winocour renversait les attentes du film dit d’espace, préférant à la virtuosité démesurée du Kubrick de 2001, l’Odyssée de l’espace (1968), la mesure d’un lien tangible entre mère et fille. Il n’y a d’ailleurs qu’un seul plan dans Proxima qui nous fait entrevoir le cosmos, c’est une vue de la terre depuis la lune recomposée dans un décor factice que Stella arpente, égarée dans les coulisses d’une agence spatiale. Tout le vertige de Proxima est contenu dans les affects, toute l’immensité de l’univers dans le regard bleu d’une petite fille au nom d’étoile. Arpenter la galaxie et ses possibles scientifiques et technologiques semble ainsi bien vain face au chagrin de la perte – « tu savais que ta maman allait partir un jour » dira la psychologue à Stella dans des mots qui sonnent à double sens. C’est aussi à cette quête que s’attelait un an plus tôt Damien Chazelle dans First Man (2018), le biopic sur Neil Amstrong, où il y filme longuement l’insondable tristesse du regard bleu de Ryan Gosling. À l’exploration des astres, Winocour préfère l’exploration des sentiments et achève son film par un plan on ne peut plus symbolique : Stella regardant des chevaux au galop dans une plaine déserte. Ces mêmes animaux dont Eadweard Muybridge enregistrera le mouvement à la veille du 19ème siècle dans ce qui sera considéré comme un des objets pionniers de l’invention du cinématographe.Proxima est bel et bien un film sur l’origine et le mouvement du monde.

Texte rédigé par Marilou Duponchel