Dig! film rock
par Nicolas Plommée et Christophe Basterra
De même façon qu'est indissociable de son contexte l'étiquette de "meilleur groupe du monde" (les Stones après les festivals de Woodstock et Altamont, U2 après la vague punk, Nirvana face au succès croissant du hip hop, Oasis pendant l'explosion des musiques électroniques...), Dig! peut aujourd'hui prétendre au titre de "meilleur film rock" jamais réalisé, et ce, malgré son statut de documentaire. En effet, alors que ressurgissent périodiquement des projets de longs-métrages sur cette musique (avec, à venir, le premier signé du photographe Anton Corbijn autour du chanteur de Joy Division) et malgré des fortunes diverses (The Doors d'Oliver Stone, Velvet Goldmine de Todd Haynes, 24 Hour Party People de Michael Winterbottom) par le passé, Dig! tombe à pic tant il devenait désespérant de pouvoir un jour apprécier l'une de ces œuvres loin de ses seules intentions. Sans présumer de Last Days de Gus Van Sant, à propos des derniers jours d'un chanteur ressemblant fort à Kurt Cobain, présenté à Cannes pour sortir dans les salles en ce joli mois de mai, la réalisatrice Ondi Timoner a donc frappé un grand coup, avec une œuvre subjective autant que subjuguante. Dig! film documentaire Ou comment une jeune réalisatrice américaine qui souhaitait d'abord suivre le parcours de dix groupes de rock encore inconnus est tombée (en arrêt, en pâmoison ?) en 1995 sur The Brian Jonestown Massacre, formation alors confidentielle, et qui l'est restée depuis, au contraire des autres protagonistes du film, The Dandy Warhols, menés par l'avide Courtney Taylor et recommandés à Ondi Timoner par Anton Newcombe, leader hanté de BJM. De ses 2000 heures de rushes accumulés au cours d'un tournage de sept années forcément fractionné, la jeune femme a tiré Dig!, documentaire d'à peine deux heures. Le travail de montage est si remarquable qu'à la première vision, le soupçon de scénarisation, voire de "bidonnage" pur et simple, effleure le spectateur le plus averti. "Si j'avais écrit un tel scénario, personne ne l'aurait cru", confie à fort juste titre Timoner. Tous les faits et gestes que suit la caméra, tous les propos immortalisés sur la bande sont bel et bien authentiques. Une fois n'est pas coutume dans le domaine du septième art, la réalité dépasse largement la fiction, qu'elle soit rock'n'roll ou non. Dig! sur le rock Le rock était annoncé mort et enterré et l'industrie musicale en crise ? Ondi Timoner réalise un film édifiant sur ce monde du rock, où la crise est existentielle pour Anton Newcombe, le leader trop tourmenté de Brian Jonestown Massacre, et de croissance pour les Dandy Warhols, désireux de passer du statut de formation "branchée" à celui de "populaire" capable de remplir les stades. Dig! expose évidemment le point de vue de la réalisatrice, mais sans imposer au spectateur sa vérité, et laisse la possibilité à tout un chacun de se faire sa propre opinion au point de susciter des réactions opposées auprès de deux adolescents. L'un voudra monter un groupe de rock après avoir vu Dig!, alors que l'autre en sera guéri à tout jamais même si les deux ont aimé le film. Certains des détracteurs (il y en a aussi) lui reprochent en effet de perpétuer les clichés de l'artiste maudit, sous l'emprise de la Trinité "sex, drugs & rock'n'roll"... Certains y voient au contraire une œuvre de démythification qui en oublie son objet principal, la musique, et se contente d'entériner une réalité commerciale actuelle, celle qui veut que The Dandy Warhols parcourent le vaste monde en tournée alors que Newcombe continue à tourner en rond. Pourtant, sans Dig!, bien peu auraient eu l'occasion de découvrir Brian Jonestown Massacre, puis d'en écouter les disques, ce qui ressemble bel et bien à l'amorce d'une reconnaissance pour Newcombe. Moins ennuyeux que Rude Boy de Jack Hazan avec The Clash, aussi instructif que One + One de Jean-Luc Godard avec les Rolling Stones ou Don't Look Back de DA Pennebaker sur Dylan, plus drôle que Spinal Tap de Rob Reiner, Dig! marque bel et bien un tournant dans l'histoire des films sur le rock, passionnant au-delà de ce genre en soi.
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