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LE METTEUR EN SCENE DE MARIAGES

De Marco Bellocchio

Italie - 2006 - 1h40 - couleur.
Avec Sergio Castellitto, Donatella Finocchiaro, Sami Frey...
Sélection officielle Festival de Cannes 2006 - Un Certain Regard.
Date de sortie : 22 août 2007.

Franco Elica, metteur en scène, est désespéré par le mariage de sa fille avec un fervent catholique. Accusé de harcèlement sexuel alors qu’il réalise une énième version du livre LES FIANCÉS d’Alessandro Manzoni, il s’enfuit en Sicile. Réfugié au fin fond d’un petit village, il fait la connaissance de trois personnages : un homme qui vit de ses films de cérémonies de mariages, un réalisateur qui se fait passer pour mort afin de bénéficier de la renommée qu’il n’avait pas de son vivant et un Prince cultivé mais ruiné. Le Prince Ferdinando Gravina di Palagonia lui propose de filmer le mariage de sa fille Bona. Franco tombe instantanément amoureux de la sublime princesse et décide de la sauver de ce mariage de raison.

Pour moi, un film naît d’une image.

Le Metteur en scène de mariages est né d’une image prise au hasard, d’un couple de jeunes mariés filmé par un metteur en scène de mariages sur la plage de Scilla en Calabre. Ce qui m’a frappé alors que je les observais depuis mon siège (tout comme le protagoniste du film), c’est l’obéissance dont faisaient preuve les deux jeunes gens. Tout comme des acteurs professionnels, ils faisaient ce que le metteur en scène leur demandait. Ces deux jeunes avaient toute la vie devant eux pour faire ce que bon leur semble. Mais, pour eux, la vie semblait déjà écrite d’avance, comme si leur « oui » conjoint signifiait une réédition sans condition, comme s’ils adhéraient par le mariage au monde soumis et rationnel de leurs ancêtres.

Du coup, lorsque je me suis attelé au scénario, j’ai imaginé un personnage, le metteur en scène, Franco Elica qui, se trouvant dans la situation de filmer une noce, décide de « saboter » la cérémonie. Il s’agit pour lui d’un geste politique, motivé non pas tant par militantisme que par passion soudaine pour la future mariée Bona Gravina, princesse de Palagonie.

Cette passion pousse Elica, a l’instar de Thésée dans le labyrinthe, à sauver Bona, et le protège des nombreux pièges mortels tendus devant lui. Mais parce qu’il n’est pas un authentique héros, sa trajectoire est souvent semée d’embûches, comme s’il avait peur de gagner, de conquérir la femme aimée et d’être heureux à ses côtés. Alors qu’il est tout près de remporter la bataille, il prend le risque de tout perdre, comme s’il se créait des problèmes délibérément.

Le film est traversé par des soubresauts d’énergie et de vigueur, ponctuées d’absences et d’instant de lâcheté et de renoncement – au moment où Elica est sur le point de gagner. C’est un va et vient constant entre un bonheur total et son contraire, entre un sentiment d’extase absolue et d’angoisse tétanisante. Cela fait écho à l’acte sexuel même qui tend naturellement vers l’orgasme et conjointement, vers une perte de conscience. Mais, dans le même temps ce bonheur est menacé en permanence par la peur bien connue de perdre le contrôle de soi et sa conscience même.

C’est peut être là le véritable point de départ du film. En s’achevant sur la conquête ultime d’une femme, première vraie conquête pour Franco Elica, le film se clôt sur une lueur d’optimisme.

La conquête d’Elica se déroule dans une Sicile imaginaire, sans doute choisie pour le bleu inoubliable de la mer ou pour son atmosphère mythologique et ancestrale. Cependant, même si le film est parcouru d’images tournées en extérieurs, de nuit ou sous le soleil, et de paysages sans limites, j’ai le sentiment que la mise en scène part de l’intérieur et que l’atmosphère du film est d’une étrangeté onirique traversée de lumière naturelle, et donc d’espoir.

Marco Bellocchio

 
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