Avanim de Raphael Nadjari
par Janine Halbreich-Euvrard
Michale, la trentaine, fille, épouse et mère, associée au cabinet comptable de son père, est dans Avanim (Les pierres) au centre d'une double intrigue : sa situation et son évolution en tant que femme d'une part, et l'autre sa découverte et sa dénonciation de malversations dans l'administration d'une Yeshiva du quartier Hativka, un quartier populaire et multiculturel de Tel Aviv. Gabai, le jeune et ambitieux animateur de la Yeshiva, a lancé et mené a bien la construction d'un nouveau bâtiment ! il a enrôlé dans le projet le père de Michale, Meir, en lui promettant de dédier le bâtiment au souvenir de sa femme défunte. Michale se méfie de Gabai et déplore l'ascendant qu'il a pris sur Meir. Le mari de Michale, Shmoulik, vient d'ouvrir une agence immobilière, il travaille beaucoup, rentre tard. Michale a un amant ! elle le rencontre aussi souvent qu'elle peut dans un emploi du temps serré. Le travail, la maison, l'enfant à chercher à l'école : elle est souvent en retard et se fait gronder par son amie Nehama, l'institutrice. Mais l'amant de Michale meurt dans un attentat ! dans son désarroi, Michale passe la nuit à marcher dans la ville, à écouter la mer sur un banc. Elle s'est mise dans son tort en ne prévenant pas Shloumik, et quand à l'aube elle rentre à la maison, le mari et le père, soulagés, donnent libre cours à la colère. A l'issue d'une scène violente, Michale quitte la maison avec son fils Nathi et trouve refuge chez Nehama. Elle brûle alors ses vaisseaux et révélant à un avocat les malversations de Gabai, qui triche sur le nombre d'élèves de la Yeshiva. Gabaï est mis en examen. La mort de l'amant a brusquement noué une situation qui met aux prises une jeune femme "moderne" en quête d'indépendance et les hommes, ceux de sa famille, père et mari, et ceux de la communauté traditionnaliste. A la suite de la dénonciation de Michale, Gabai est mis en examen, on va voir ses disciples fanatisés se transformer en groupuscule fasciste et causer la mort de l'institutrice, complice à leurs yeux de celle par qui le scandale arrive. Ce scénario bien tricoté est interprété avec vraisemblance par Danny Steg (Shloumik), mari maladroitement affectueux, dominé par son beau-père (Uri Gabriel) qui régente famille et entreprise, dans leurs façons de manger, de boire, de toucher ! ils pèsent leur poids de chair et se révèleront à la première occasion brutalement et banalement phallocrates. Face à eux, à Gabai et à la communauté orthodoxe, Michale (Asi Levi), mince, vive, décidée, mutique (après la mort de son amant) n'a personne à qui parler. Nehama domine silencieusement le film par son interprétation intériorisée, l'expressivité de son visage et de tout son corps ! son besoin de liberté est matérialisé par sa voiture, avec laquelle elle parcourt la ville ! ses déplacements relient et opposent le quartier Hatikva, grouillant, populaire, oriental, étouffant pour elle, au cadre plus large, plus respirable de Tel Aviv. Les grands-parents de Raphael Nadjari étaient des juifs séfarades originaires d'Egypte et de Turquie. Lui est né en France en 1971 ! il se consacre d'abord à la peinture et à l'écriture puis, à partir de 1995, il rassemble l'équipe de producteurs, de techniciens et d'acteurs avec laquelle il va réaliser tous ses films, en France puis aux Etats-Unis, où il s'installe en 1997. Il y réalise The Shade (1999), sélectionné à Cannes, I am Josh Polonski's brother (2001) tourné en super 8mm en quinze jours et sélectionné au Forum du jeune cinéma à Berlin, et Apartment 5C (2002) présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Pour Nadjari, qui s'interrogeait beaucoup sur l'identité juive, "New York était un lieu juif par excellence, une ville où l'on pouvait être entièrement soi, sans avoir à se justifier". Cependant, il y connut des Israéliens qui le firent réfléchir sur la notion de "terre promise", et sur le tournage d'Apartment 5C, il rencontra des acteurs israéliens dont les qualités humaines et artistiques lui donnèrent envie d'aller "à la source, au pays des origines". Il écrit à New York le script d'Avanim, qui sera modifié en Israël au cours du tournage, en fonction des lieux et des gens, et de ce que les acteurs lui apportaient. Sans rien enlever à la sensibilité et au talent de Nadjari, c'est sans doute en partie parce qu'il vient de l'extérieur qu'il voit et met en relief avec autant de clarté et de netteté les tensions internes à la société israélienne qui sont, avec le portrait de Michale, le sujet d'Avanim.
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