The Host
The Host de Bong Joon-Ho Corée du Sud, 2006, couleur, 1h59 Avec Song Kang-Ho, Byun Hee-Bong, Park Hae-Il, Bae Doo-Na, Ko A-Sung… En savoir plus La créature qui sort de la rivière Han, un jour d’été où les habitants de Séoul sont venus chercher un peu de fraîcheur sur les berges est peut-être bien une descendante de Godzilla, le monstre né en 1954 de l’imagination d’un cinéaste japonais, Hondo. Mais Godzilla, monstre des temps où le péril atomique faisait trembler le monde était sorti de la terre, où il dormait à la faveur d’une explosion de la bombe H. Alors qu’à cette créature-là, aussi pataude que lui et indifférente comme lui aux humains qui se trouvent sous ses pattes, fourmis qu’on écrase sans même les voir, on a donné pour l’exploitation internationale avec l’accord du réalisateur coréen Bong Joon-Ho, le nom de Host. Et c’est bien d’un hôte qu’il s’agit, comme un cancer est l’hôte de l’organisme aux dépens duquel il prolifère. Il faut voir en effet The Host comme le film de genre qu’il est, et monté selon les règles présidant à ce genre « monstre », avec massacres d’innocents, horreur de la bête visqueuse sortie des eaux, antique Léviathan à la gueule pleine de dents et aux multiples mâchoires articulées comme les engrenages d’un broyeur, mais aussi comme un révélateur de la société. Au centre du film, une famille de petites gens, le père, Park Hee-Bong, tenant un snack au bord de la rivière, une fille championne de tir à l’arc, deux fils dont l’aîné pas très futé, Park Gong-Du, gamin attardé qui a pourtant déjà une fille d’une douzaine d’années, Yun-Seo. Leur quotidien est scrupuleusement décrit, entre confection de plats de nouilles ou crevettes grillées et bavardages avec les promeneurs du dimanche, instants arrachés à la télévision retransmettant un championnat de tir à l’arc où la fille de la maison sera battue. Et soudain, la catastrophe, la bête, courses folles, hurlements et son lourd piétinement auquel rien ne résiste, voitures ou enfants. Quand elle replonge dans le fleuve, elle enserre, dans sa longue queue préhensile, la petite Yun-Seo, à la rage impuissante de son père. Peu après, la sonnerie d’un téléphone portable (on est moderne et le cinéaste ne manque pas d’humour, ce qui ne peut nuire dans ce genre de film) apprendra qu’elle est en vie, on ne sait où. Commence la quête qui est généralement le moteur de ce type de films, relançant à chaque étape le suspens. Mais la force du film est ici la mise en avant de la famille qui mobilise toutes ses ressources, l’astuce de la fillette prisonnière du monstre, les inventions de son père bien moins endormi qu’on l’aurait cru et l’adresse de la tireuse à l’arc. Face à cette détermination familiale, le vieux chef de famille succombant dans la lutte, éclate l’incurie des autorités. Mesures prises à contretemps, mise sous surveillance policière des parents de la fillette, ces petits boutiquiers qui prétendent délivrer à eux seuls la ville, tout ce qui est mis en place ne fait qu’accroître la panique. Cette morale est peut-être un peu rudimentaire. Il n’empêche : l’avancée du film, entre manga et dramaturgie classique, montre bien que cette créature sortie d’on ne sait où, agit comme le révélateur des maux d’un monde passablement malade. Double sens que note le réalisateur dans un entretien : « Mon seul principe, dit-il, est de faire des films que j’aimerais voir en tant que spectateur. » Mais il ajoute : « J’ai cherché à ancrer l’histoire dans le contexte concret de la société coréenne. » Emile Breton
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