L'Aurore
L’Aurore (Sunrise) de Friedrich Wilhelm Murnau Etats-Unis, 1927, noir et blanc, muet, 1h46 Avec George O’Brien, Janet Gaynor, Margaret Livingston, Friedrich Wilhelm Murnau… Téléchargez une bibliographie (PDF 74 Ko)proposée par Yves de Peretti autour du cinéma de Murnau et du film L'Aurore.
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Le cinéphile myope, épisode 1 : La femme sans ombre. Analyse de Jean-François Buiré Réalisation : Centre Images. Les épisodes de la série "Le cinéphile myope" proposent une lecture d'ensemble d'un film, à la lumière d'un détail de mise en scène. Un train stationne en gare. Très loin derrière, en contrebas, des passants, vus à travers la verrière de la gare surplombant la ville, circulent sur un trottoir, de l’autre côté d’une rue où passent des automobiles. Le train démarre, sort du champ à gauche. La fumée dissipée, apparaît le trottoir le plus proche de la gare, que masquait le train. Dans ce seul premier plan, et sa profondeur de champ, les petits personnages les plus éloignés aussi nets que l’énorme locomotive, se lit la jubilation de Murnau, appelé à Hollywood après les succès de ses films allemands, de disposer du gigantisme des studios américains, capables de mettre l’industrie au service d’un rêve de cinéaste. Mais il ne s’agit pas que de moyens matériels. Ce premier plan est suivi de deux autres, la locomotive filant à travers la campagne et un bord de mer où dans la même image se côtoient des baigneuses et un paquebot. C’est bien du monde contemporain au tournage qu’il va être question, un monde où la vitesse des déplacements (on le pensait déjà) abolit les anciennes distances, spatiales aussi bien que sociales. Non sans ravages sur les individus. Tel est le sujet du film. L’histoire est simple, pour ne pas dire simplette, avec son exaltation de l’amour conjugal et sa mise en garde contre les « mauvaises femmes » : une femme de la ville, en vacances, entreprend la conquête d’un jeune fermier et tente de le persuader de se débarrasser de sa femme pour vivre avec elle à la ville. Murnau, parce que d’entrée avec ces trois plans successifs de ville, de campagne et de lieu de vacances, relevant proprement du cinéma fantastique a clairement montré qu’il n’avait pas l’intention de raconter une « histoire vraie » avec les moyens traditionnels du récit naturaliste, l’a transfigurée. Ainsi, pour ne prendre que deux exemples, à la première rencontre de la « mauvaise femme » et du fermier dans la nuit, apparaissent en surimpression, sur la lande où ils s’étreignent, les danseurs frénétiques d’un club de jazz vers lequel elle voudrait l’entraîner. Et à l’inverse, lorsque le mari et la femme, en ville, se sont enfin retrouvés, c’est une forêt accueillante qui s’ouvre pour eux en plein milieu des embouteillages de la grande cité. Un tramway aussi réel que sorti d’un rêve a fait le lien entre les deux univers. C’est qu’alors le film devait parler autrement qu’en paroles. Et s’il y eut jubilation certaine pour Murnau à s’exprimer ainsi, le bonheur du spectateur n’est pas moins grand, car il doit être attentif à tout ce qui doit lui « parler ». Il devra noter que les éclairages sur le visage de la « mauvaise femme » lui donnent un masque figé aux yeux noirs, alors que la lumière nimbe de douceur les traits de la paysanne. Ou encore qu’aucun des trois trajets en barque rythmant le film n’est identique à l’autre, corps du rameur crispé sur les avirons pour le premier, fureur de l’étrave fendant l’eau au second, douceur de la navigation à la voile (avant la tempête) pour le troisième. Et suivre les métamorphoses dans le film de cette botte de roseaux destinée à camoufler un meurtre et qui aura un tout autre usage. On pourrait citer bien d’autres exemples, mais il ne faut pas oublier l’humour jaillissant au cœur même de la tragédie. De la course du cochon fantôme porté sur le vin rouge au gandin rajustant l’épaulette de son élégante compagne, les signes n’en manquent pas. Mais eux aussi font sens : ils disent la joie de vivre d’un couple retrouvé. Emile Breton
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