Mois du film documentaire 2013

Le cinéma de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

 

Le Mois du film documentaire fait de novembre le rendez-vous incontournable du cinéma documentaire,
en France métropolitaine, dans les DOM-TOM et à l’étranger
Images en bibliothèques coordonne la manifestation au niveau national.
Le site Moisdudoc recense toutes les programmations au niveau national.

L'ACRIF coordonne le Mois du film documentaire en Ile-de-France depuis 2004. Parce que soutenir le cinéma du réel aujourd'hui est essentiel. Par nature en marge de l'industrie cinématographique, aussi bien économiquement que formellement, le cinéma documentaire bénéficie d'une liberté illimitée dans ses champs d'intervention et repose sur un échange avec ses personnages et, par voie de conséquence, avec le spectateur. Son indépendance et sa diversité ne cessent d'interroger le cinéma dans sa globalité : son écriture, son éthique, sa part de mensonge et de vérité.

Édition 2013 : le cinéma de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

Nés à Beyrouth, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige travaillent conjointement en tant que plasticiens et cinéastes.

Ils ont réalisé des courts métrages, Cendres en 2003 et Open the doorPlease en 2007 et des longs métrages de fiction Autour de la maison rose en 1999, A Perfect Day en 2006 ainsi que Je veux voir, sélectionné au festival de Cannes 2008.

Ils ont également réalisé des documentaires tels que Khiam en 2000, Le Film perdu en 2003 et Khiam 2000-2007 en 2008.

Leur dernier film, The Lebanese Rocket Society est en salles depuis le 1er mai.

Sélectionnés dans les festivals les plus importants où ils ont reçu de nombreux prix, sortis commercialement dans un grand nombre de pays, leurs films ont été accueillis avec enthousiasme tant par la critique que par les spectateurs.


 

« Nous connaissons Joana Hadjithomas et Khalil Joreige depuis quelques années, et notre vision stupéfaite de leur second long métrage, A Perfect Day : une matière plastique et une narration à la frontière du documentaire et de la fiction, des arts plastiques et du cinéma. Nous découvrions alors une méthode de travail singulière, empruntant à l’art contemporain et au cinéma, abolissant les frontières entre ces territoires et leurs manières de penser et de produire.
Quelques années plus tard, la sortie de Je veux voir confirma le sentiment d’une œuvre décisive car appliquée à poser les questions les plus urgentes : que peut le cinéma aujourd’hui, quelles sont ses puissances politiques et esthétiques dans le contexte contemporain du Liban, et au-delà, d’une civilisation de l’image souvent aveugle et oublieuse ? Loin des jeux postmodernes et des dérives nombrilistes d’un art sans histoire(s), les films de Joreige et Hadjithomas empruntent aux arts plastiques des pratiques et des questions capables de rendre au cinéma vertu polémique et nécessité politique : un cinéma qui déplace les lignes, bouscule les conforts de pensée et les habitudes de regard, fragilise les discours dominants en en faisant affleurer l’impensé, l’inaperçu. Un cinéma qui questionne l’image pour agir dans le réel, et vice-versa.
Peu d’artistes-cinéastes jouissent comme eux de la même reconnaissance, d’une considération égale dans les champs du cinéma et de l’art contemporain. Mais au-delà de la qualité de leurs travaux et de leur aura internationale, nous intéresse leur manière unique de nouer les pratiques de l’art et celles du cinéma : une exposition engendre un film, que prolonge une seconde exposition ; un long métrage produit dans les normes génère des courts métrages plus libres, des essais auto-produits. C’est aussi une porosité entre l’intime et le politique dans le contexte pour le moins troublé du Moyen-Orient : la grande politique est toujours ressaisie dans ses répercussions quotidiennes, intimes, tant physiques que psychologiques. Leur parole fait apparaître un processus organique, vital, nourri par une inquiétude constante, une remise en cause permanente des objectifs et des moyens employés ».

Extrait de l’avant-propos, Le cinéma de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, entretien avec Quentin Mével, Éditions Independencia (2013).